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mercredi 12 février 2014

La voleuse de livres de Markus Zusak

Titre : La voleuse de livres (The book thief)
Auteur : Markus Zusak (Australie)
Date de parution : 2005 en Australie, 2007 en France
Editeur : Oh ! Editions
Nombre de pages : 526



Résumé :
Quand la mort vous raconte une histoire, vous avez tout intérêt à l’écouter.

Une histoire étrange et émouvante où il est question :
- d’une fillette ;
- de mots ;
- d’un accordéoniste ;
- d’allemands fanatiques ;
- d’un boxeur juif ;
- de vols.

Mon avis :
« Les mots. Pourquoi fallait-il qu’ils existent ? Sans eux, il n’y aurait rien de tout cela. Sans les mots, le Führer ne serait rien. Il n’y aurait pas de prisonniers boitillants. Il n’y aurait pas besoin de consolation et de subterfuges pour les réconforter. »

De temps à autre, des livres arrivent de nulle part, et, sans vous laisser le temps de réagir, vous emportent dans leur monde, s’emparent de vos émotions, changent votre vision de choses, et vous bouleversent, tout simplement. La voleuse de livres est de ceux-là.

C’est l’histoire de Liesel, une fillette allemande prise dans la tourmente de la seconde Guerre Mondiale, ainsi que des gens on ne peut plus ordinaires de la rue Himmel (ciel en allemand), où elle vit avec ses parents adoptifs. Je sais que ça a l’air terriblement ennuyeux, présenté comme ça, mais là où se situe l’originalité, c’est que la narratrice n’est autre que la Mort elle-même. Et force est de constater qu’elle remplit ce rôle à merveille. On est très loin de la représentation commune de la Mort comme d’une figure menaçante, vêtue de noir et brandissant une faux. Au contraire, elle apparaît très… humaine, capable de compassion et même d’admiration envers nous, les humains. J’ai vraiment aimé sa manière de raconter, avec ses réflexions, très justes, sur la nature humaine, et toutes ces couleurs. Une grande importance est donnée aux couleurs, rendant le texte encore plus poétique, plus beau.

Le thème de la seconde Guerre Mondiale et de l’Holocauste ont été abordés des centaines de fois en littérature, mais je trouve que Markus Zusak nous en livre une approche différente, puisqu’en plus d’avoir choisi une narratrice hors du commun, il a choisi des personnages hors du commun, par leur banalité. Je ne sais pas si je suis très claire, je m’explique : ce ne sont pas des héros de la Résistance, ce ne sont pas des soldats, ce ne sont pas des prisonniers des camps de concentration, ce sont tout simplement des individus lambdas, comme il y en avait des milliers en Allemagne à cette époque, mais dont on ne parle jamais. Rue Himmel, il y a de tout : des partisans fanatiques du Führer, des Résistants de l’ombre qui cachent des Juifs dans leur sous-sol, et des familles qui essaient tout simplement de vivre au jour le jour en s’en tirant le mieux possible.

« Je trouve toujours des humains au meilleur et au pire d’eux-mêmes. Je vois leur beauté et leur laideur, et je me demande comment une même chose peut réunir l’une et l’autre. »

Ces personnages n’ont peut-être rien d’extraordinaire, mais je les ai tous, vraiment tous adorés. Liesel, la voleuse de livres avide de mots. Rudy, le garçon aux cheveux citron qui ne rêve que de deux choses : être Jess Owens et recevoir un baiser de sa voleuse de livres. Maman avec son apparence dure et cassante qui cache un cœur en or. Papa, son accordéon, ses cigarettes et son infinie gentillesse. Max, le Juif caché dans le sous-sol de chez les parents de Liesel, ses cheveux comme des plumes, et le lien si fort qui l’unie à la voleuse de livres. Ce lien n’est jamais explicitement qualifié, mais je dirais qu’il s’apparente à une relation fraternelle. Pour moi, Max est le frère que la Mort a arraché à Liesel juste avant son arrivée rue Himmel.

Il faut que vous sachiez quand même que si vous aimez les happy ends, ce livre n’est pas pour vous. La fin va vous ravager, vous faire pleurer de toutes les larmes de votre corps lorsque l’inévitable se produit. De même, si vous aimez l’action et le suspense, vous risquez d’être particulièrement déçus. La Mort n’est pas franchement adepte des cliffhangers, au contraire, elle aime bien vous annoncer à l’avance ce qui va se passer. Mais ça ne gâche en rien la lecture. Le déroulement des évènements reste tout aussi passionnant et poignant même quand on en connaît le dénouement.

Je crois que ma chronique ne pourra jamais rendre justice à la beauté et à la puissance de ce livre, qui vous vide et vous remplit en même temps. J’ai lu les 500 pages avec à la fois un sourire aux lèvres et les larmes aux yeux. Je ne m’y attendais  pas du tout, mais il s’agit là de ma plus belle découverte, de mon plus beau coup de cœur de ce début d’année. Lisez-le, vraiment, c’est tout ce que je peux vous dire.
                                                                                                                     
« Venez avec moi, si ça vous tente. Je vais vous raconter une histoire.
Je vais vous montrer quelque chose. »